La syphilis, on en parle !

Vous avez eu un rapport sexuel sans protection et, depuis quelques jours ou semaines, une petite inquiétude s’installe ? Une rougeur bizarre, une fatigue inhabituelle, ou simplement la peur d’avoir attrapé quelque chose ? Et si c’était la syphilis ? Pas de panique, vous n’êtes pas seul·e.

Cette IST, on en parle de plus en plus (je vous dis pourquoi juste après), et paradoxalement, ce n’est pas une mauvaise chose. Bien au contraire même : en parler ouvertement, c’est se donner les moyens de se protéger tout en continuant à vivre une sexualité épanouie et sereine.

En France, les cas de syphilis ont augmenté ces dernières années. Selon Santé publique France, entre 2022 et 2024, l’incidence globale a progressé de 12 %, avec une hausse plus marquée chez les femmes (+24 %). En 2024, environ 6 500 cas ont été diagnostiqués en secteur privé et 2 500 dans les CeGIDD. Cela touche tous les âges et toutes les orientations sexuelles, même si les hommes ayant des relations avec des hommes restent particulièrement concernés.

Mais il y a une bonne nouvelle : la syphilis est bactérienne, curable avec un traitement simple et efficace si elle est prise à temps. Cet article fait le point de manière complète, sans jugement et surtout sans dramatisation excessive, pour que vous puissiez agir en connaissance de cause, sans tarder !

Tout savoir sur la syphilis

La syphilis : oui, on en guérit très bien

Qu’est-ce que la syphilis ?

La syphilis est une infection sexuellement transmissible (IST) causée par la bactérie Treponema pallidum. Cette bactérie spirochète est particulièrement rusée : elle pénètre par les muqueuses ou les micro-lésions de la peau et se multiplie discrètement. Pas bête la bête !

Historiquement, la syphilis a marqué les siècles (on l’appelait « le mal de Naples » ou « vérole »). Elle a connu un déclin grâce aux antibiotiques dans les années 1950, mais elle n’a jamais vraiment disparu. Aujourd’hui, plusieurs facteurs expliquent sa résurgence :

  • l’augmentation des partenaires multiples,
  • l’usage de la PrEP (qui protège du VIH mais pas des autres IST) (donc forcément, on baisse sa garde),
  • la réduction de l’usage systématique du préservatif,
  • et une meilleure surveillance qui permet de détecter plus de cas.

Elle touche aussi de plus en plus les femmes, ce qui pose la question cruciale de la transmission à l’enfant pendant la grossesse.

Contrairement au VIH, la syphilis se guérit complètement avec des antibiotiques. Mais non traitée, et c’est important de le savoir, elle peut évoluer sur des années et causer des complications graves. C’est pourquoi il est essentiel d’en parler : l’information est le premier bouclier.

Comment se transmet-elle ?

La transmission se fait principalement par contact sexuel : vaginal, anal, oral, même sans éjaculation ou pénétration complète, dès lors qu’il y a contact avec une lésion infectieuse (chancre ou plaques muqueuses). Le partage de jouets sexuels non nettoyés ou non protégés peut aussi transmettre la bactérie.

La syphilis est très contagieuse aux stades primaire et secondaire. Une personne peut transmettre l’infection même si le chancre est à l’intérieur du vagin, de l’anus ou dans la bouche, donc invisible.

Autres voies de transmission (rares) :

  • De la mère à l’enfant pendant la grossesse ou l’accouchement (syphilis congénitale).
  • Exceptionnellement par transfusion sanguine (c’est pourquoi le don du sang est strictement contrôlé).

Mythes à débunker : On n’attrape pas la syphilis en s’asseyant sur des toilettes, en faisant un bisou amical sans lésion, en partageant un verre ou en se serrant la main. La bactérie ne survit pas longtemps hors du corps humain. C’est important de le dire.

Angle sexo positif : La prévention ne doit pas rimer avec frustration. Parler avec son ou ses partenaires (« Tu as fait un test récemment ? »), utiliser des préservatifs internes ou externes, des digues dentaires pour le sexe oral, et nettoyer les sex-toys : tout cela s’intègre dans une sexualité consciente et encore plus excitante, car libérée de l’angoisse d’attraper quelque chose. Et oui, il faut se protéger, prévenir, c’est la base, certes, mais il ne faut pas tomber dans la peur à outrance, sous peine de ne rien faire.

Les stades de la syphilis : reconnaître les signes

La syphilis évolue en plusieurs stades. Beaucoup de personnes passent à côté des symptômes ou les confondent avec autre chose, d’où l’importance du dépistage mais aussi de s’informer (ce que vous faites avec mon article) afin de comprendre ce qu’est réellement cette maladie.

Stade primaire

Ce stade intervient environ 3 semaines après le contact, parfois jusqu’à 3 mois. Apparait alors un chancre : une ulcération ronde, indolore, aux bords nets, souvent unique. Elle peut se situer sur le pénis, le vagin, le col de l’utérus, l’anus, la bouche ou même les doigts. Le chancre guérit tout seul en 3 à 6 semaines, mais la bactérie reste dans l’organisme. Des ganglions lymphatiques régionaux gonflés et indolores peuvent accompagner cette lésion.

Stade secondaire

Ce stade arrive quelques semaines à quelques mois après la transmission. La bactérie se dissémine dans le sang. Les symptômes sont alors très variés :

  • Éruption cutanée rosée ou cuivrée, non prurigineuse, souvent sur le tronc, les paumes des mains et les plantes des pieds (signe assez caractéristique).
  • Lésions muqueuses (plaques blanchâtres dans la bouche, sur les lèvres génitales).
  • Fatigue, fièvre légère, maux de tête, douleurs musculaires, perte de cheveux en plaques (« alopécie syphilitique »), inflammation des yeux ou des articulations. Cette phase est très contagieuse. Les symptômes peuvent disparaître et réapparaître pendant 1 à 2 ans.

Vous voyez, c’est quand même tout sauf anodin d’attraper la syphilis.

Stade latent

Dans ce stade, les symptômes ne sont plus visibles. C’est là le caractère un peu fourbe de cette maladie. La bactérie est pourtant toujours présente. On distingue le stade latent précoce (< 1 an, encore potentiellement contagieux) et le stade latent tardif. Cette phase peut durer des années sans que la personne ne se doute de rien.

Stade tertiaire

Cela reste un stade assez rare aujourd’hui, qui apparait après 10-30 ans sans traitement. C’est là que des complications graves se produisent :

  • atteintes cardiovasculaires (anévrisme aortique),
  • neurosyphilis (troubles neurologiques, démence, paralysie),
  • gommes syphilitiques (lésions destructrices sur peau, os, organes).

Soyons quand même rassurants, grâce aux traitements modernes, ce stade est devenu exceptionnel en France. Et puis, il y a quand même peu de chance que vous ne vous rendiez pas compte à un moment donné qu’il y a quelque chose qui cloche (et donc que vous alliez prendre rendez-vous chez votre médecin, et ce, sans avoir besoin d’attendre aussi longtemps).

Symptômes chez l’homme et chez la femme : même combat ?

Chez la femme et chez l’homme, les symptômes sont globalement similaires, mais il y a un mais. En effet, chez la femme, le chancre vaginal ou cervical passe souvent inaperçu (car interne). Chez les personnes immunodéprimées ou co-infectées par le VIH, les manifestations peuvent aussi être plus atypiques ou sévères.

Et si, au final, vous n’aviez rien remarqué ? C’est fréquent, et c’est là tout le problème. En effet, comme je vous disais un peu plus tôt dans mon article, de nombreuses infections restent asymptomatiques ou discrètes. C’est là que le doute s’installe : « Est-ce que j’ai quelque chose ? ». Il ne faut donc jamais hésiter à prendre un rendez-vous chez le médecin au moindre doute. Il vaut mieux aller voir son docteur pour rien que laisser trainer une IST, surtout quand c’est la syphilis.

Diagnostic : comment savoir si on l’a attrapé ?

Le diagnostic repose sur deux piliers : l’examen clinique et surtout la prise de sang. Il existe des tests tréponémiques (qui détectent la bactérie spécifiquement) et non-tréponémiques (qui mesurent l’activité de l’infection). Un test positif nécessite souvent une confirmation.

En France, le dépistage est simple et accessible :

  • Chez votre médecin traitant ou gynécologue.
  • En laboratoire d’analyse (remboursé, gratuit pour les moins de 26 ans sur prescription).
  • Dans les CeGIDD (Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic des IST) : anonymes, gratuits, sans rendez-vous dans beaucoup de cas. Ils proposent aussi un suivi et des traitements pour les IST bactériennes.

Santé publique France rapporte que 3,7 millions de personnes ont été dépistées pour la syphilis en 2024. Si vous avez un doute, même minime, testez-vous. Au moins, vous pourrez ensuite dormir tranquille.

Un simple prélèvement sanguin suffit la plupart du temps. Résultats rapides, prise en charge immédiate si positif, autant de raisons de prendre un rendez-vous si vous vous posez des questions.

Traitement et guérison

La bonne nouvelle, c’est que le traitement est extrêmement efficace. La pénicilline reste le médicament de choix : souvent une seule injection intramusculaire de benzathine pénicilline G pour les stades précoces (primaire, secondaire, latent précoce).

Pour les formes plus tardives, le traitement est plus long (injections hebdomadaires sur 3 semaines). En cas d’allergie à la pénicilline, d’autres antibiotiques (doxycycline, ceftriaxone) sont utilisés. Vous voyez, cela se soigne très bien.

Après le traitement :

  • Les symptômes disparaissent rapidement.
  • Un suivi sérologique est nécessaire pour vérifier la guérison (baisse des titres).
  • Il faut prévenir les partenaires récents pour qu’ils se testent et se traitent si besoin (notification anonyme possible via les CeGIDD).
  • On peut reprendre une vie sexuelle normale après guérison, mais la protection reste recommandée car on peut se réinfecter.

La syphilis guérie ne confère pas d’immunité : la prévention continue est essentielle.

Complications si non traitée et impacts sur la santé

Sans traitement, c’est là que des conséquences graves peuvent survenir. Effectivement, si vous laissez trainer, on n’est plus au stade de la simple lésion cutanée un peu moche ou de la grosse fièvre.

En effet, au stade tertiaire, les atteintes neurologiques ou cardiovasculaires peuvent être sévères. Chez la femme enceinte, la syphilis non traitée entraîne un risque élevé de fausse couche, mortinaissance, prématurité ou syphilis congénitale chez le bébé (atteintes osseuses, cutanées, neurologiques, etc.). C’est pourquoi le dépistage systématique pendant la grossesse est obligatoire en France.

La syphilis facilite aussi la transmission et l’acquisition d’autres IST, dont le VIH, en créant des portes d’entrée. C’est un peu la totale si je puis dire.

Le message est clair : il n’y a aucune fatalité. Un diagnostic précoce = guérison complète et zéro complication.

Prévention : prendre son pied tout en protégeant sa santé

La prévention combine plusieurs outils :

  • Préservatifs (externes ou internes) à chaque rapport, surtout avec un nouveau partenaire.
  • Dépistage régulier : au moins une fois par an, ou plus si vous avez de multiples partenaires.
  • Communication : parler librement des tests et des protections renforce la confiance et le plaisir, croyez-moi !
  • Vaccination contre d’autres infections (hépatites, HPV) quand c’est possible.
  • Pour les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) ou personnes à risque élevé : un suivi renforcé dans les CeGIDD.

Il n’existe pas encore de vaccin contre la syphilis, mais la recherche avance. En attendant, l’information et les comportements responsables sont nos meilleurs alliés. Et puis protéger sa santé sexuelle, c’est aussi s’autoriser une sexualité plus libre et épanouie, sans crainte d’attraper une IST (plus ou moins grave) car on aura pris toutes les précautions nécessaires pour que tout se passe comme sur des roulettes !

Mythes et réalités + Questions fréquentes

Mythes vs réalité

  • « Ça n’arrive qu’aux autres » → Faux. Tout le monde peut être concerné.
  • « On voit toujours le chancre » → Faux, il peut être interne ou absent.
  • « C’est incurable » → Faux, cela se soigne très bien.
  • « Mon partenaire n’a rien, donc je n’ai rien » → Pas forcément : la maladie a des phases latentes et/ou des symptômes discrets.

FAQ rapide

  • Je peux avoir des rapports sexuels après le traitement ? Oui, une fois guéri·e et après avis médical.
  • La syphilis orale existe-t-elle ? Oui, via le sexe oral (fellation etc.).
  • Et si je suis enceinte ? Le dépistage est obligatoire et un traitement adapté vous sera donné si infection il y a.

Ma conclusion sur la syphilis

La syphilis n’est plus une maladie honteuse du passé. C’est une IST comme une autre : fréquente, souvent silencieuse, mais parfaitement gérable avec les traitements d’aujourd’hui. En parler, se tester, se protéger, c’est prendre soin de soi et des autres.

Si vous avez un doute, agissez : contactez un CeGIDD, votre médecin, ou appelez Sida Info Service au 0 800 840 800 (anonyme et gratuit). Vous voulez en savoir plus ? Voici quelques sites de référence : Santé publique France, Ameli.fr, Onsexprime.fr.

Votre santé sexuelle fait partie de votre bien-être global. Informé·e, vous êtes plus fort·e, ne l’oubliez jamais !

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